Nouvelle primée au prix littéraire du roman policier de Savigny-les-Beaune, 2025.
Un homme se rend dans un village isolé pour retrouver son frère disparu, mais découvre que les habitants (et le bal qu’ils préparent) dissimulent un crime dont personne ne semble vouloir parler.
Extrait :
Hidden Grove
ou le bal des fous
Inspiré des carnets de Camille Desmarets, retrouvés en 1920 dans un coffre enfoui sous les vignes des Côtes D’or.
« Chez les Desmarets, nous ne rêvons jamais, sauf de nos disparus », disait la mère de Camille autrefois.
Depuis neuf mois, les rêves de Camille se répétaient : un cavalier lancé dans la nuit, trois coups de feu, une femme en blanc et une tête dans la boue. Chaque réveil lui laissait un goût de fer, comme un cri qu’il n’avait su entendre. Or, la rumeur courut que Grégoire Desmarets, son frère aîné, hussard de l’armée napoléonienne, avait déserté depuis l’automne 1809. Camille n’en crut rien. Ce présage familial, qu’il avait toujours préféré ignorer, lui retourna le ventre. Son frère pouvait être distrait, absorbé dans ses aventures, mais pas lâche. Pour en avoir le coeur net, il quitta aussitôt son poste à l’administration impériale, obtenant quinze jours de congé. Accompagné d’un tract avec le portrait de Grégoire, diffusé dans toute la France, Camille jura de le retrouver, mort ou vif.
Neuf jours d’enquête acharnée et d’indices dispersés le menèrent vers la côte nord de la France, jusqu’à un vallon oublié des cartes, un bosquet caché : Hidden Grove. Certains disaient que le nom venait d’un marchand anglais égaré jadis ; d’autres, que les esprits y reposaient mieux qu’ailleurs. Fatigué du voyage, Camille crut s’être trompé de route lorsqu’il lut sur un panneau noirci Hidden Grave (la tombe cachée). En se frottant les yeux, il distingua le vrai nom. Au fond, il n’était même pas sûr d’avoir eu tort. Son cheval refusa d’avancer. Camille dut tirer sur le mors pour traverser le seuil. A peine sentit-il l’humidité l’envelopper que la forêt se referma derrière lui, et la nuit se coucha sur lui comme une tombe.
En entrant dans le village, les poils des bras de Camille se hérissèrent. Le bosquet était dense, noyé dans une brume épaisse, semblable à une toile d’araignée. Les arbres décharnés dressaient leurs silhouettes squelettiques comme des spectres aux aguets. La seule lumière qu’il aperçut venait d’une vieille église devenue auberge : là où l’on communiait jadis, on buvait désormais. Les rires et les ragots avaient remplacé les silences. Les superstitions, les prières. Camille s’y réfugia, épuisé, suivi de loin par un soldat qu’il soupçonnait de vouloir sa récompense. La tête de Grégoire était mise à prix. Depuis si longtemps, il dormait sans sommeil ; Sa mine déconfite et sa maigreur lui donnaient un air cadavérique.
Lorsqu’il commença son enquête, un enfant blême le prit pour un fantôme, avant de lâcher « Vous cherchez le palefrenier ? Il est parti. » Il montra du doigt la sortie du village. Intrigué, Camille lui demanda de s’expliquer. L’enfant, Maximilien Ferrand, lui apprit que Grégoire travaillait dans l’écurie de son père, Auguste Ferrand. Dans l’étable où dormait son frère, Camille trouva une lettre : « Je pars. Ne me cherchez pas. » Le papier sentait le sucre et la décomposition.
Vous venez de lire un extrait de Hidden Grove, ou le bal des fous. Cette nouvelle est actuellement en cours de réécriture au format de roman court.

